Comment caricaturer le message des libéraux ? France 2 n'a pas fait dans la dentelle pour ce petit reportage consacré à Sabine Herold, qui a tenu à nous raconter les conditions du tournage (video en bas de page) :
Mercredi dernier, mon téléphone sonne : Jean-Paul (le responsable presse d’AL) m’annonce qu’une équipe de France 2 souhaite réaliser mon portrait pour l’émission 13h15 le samedi. Un portrait de 4 minutes : voilà qui ne se refuse pas !
Au téléphone, j’organise avec les journalistes la journée du lendemain : ils veulent un portrait décalé (pas uniquement politique), et proposent de me suivre tout au long de la journée. Nous convenons donc de débuter la journée à 8h, chez moi.
Au programme : discussion autour du thème des grèves, marche à pied (comme je l’ai fait pdt 10 jours) jusqu’à mon lieu de travail, déjeuner le midi avec Ludovic puis BFM Tv le soir pour un débat sur le plateau de Ruth Elkrief (prévu de longue date), puis réunion au siège d’Alternative Libérale et enfin projection du Film Démocratie en France de Steve Kramer.
Mes 3 larrons débarquent donc à 8h. Après les rituels cafés, nous commençons le tournage. Gros plan sur mon PC qui affiche les prévisions de trafic de la RATP, plans sans intérêt sur mon orange à presser, plan quand je mets mes baskets : de quoi illustrer. Je commence à m’inquiéter : ton agressif, questions peu amènes : « mais alors, vous voulez supprimer le droit de grève », « Admettez que vous êtes contre les syndicats », « Margaret Thatcher est votre idole ? », « Pourquoi vous ne gardez pas votre jogging une fois arrivée au bureau ? C’est pas libéral le jogging ? », « Pourquoi vous emmenez un tailleur, c’est la tenue libérale ? ».
Une chose semble désormais certaine : ils cherchent à faire le portrait d’une bourgeoise coincée et égoïste. Et problème : je ne leur donne pas ce qu’ils cherchent ! Leur expliquer que les syndicats ont été inventés au 19ème par les libéraux ne rentre pas dans le schéma pré-écrit de leur reportage. Leur expliquer que mettre fin aux monopoles dans les transports permet de protéger et les usagers et le droit de grève ne fait pas partie de leurs options.
Nous nous mettons en route. Les questions continuent à pleuvoir : « Bon, 45 minutes à pied, ce n’est pas la mort », « pourquoi vous ne prenez pas un taxi ? Vous avez certainement les moyens », « ah ? 26€ de parking par jour c’est trop cher pour vous ? ». Je reste évidemment zen, polie, souriante et leur explique nos différentes positions.
Arrivés à la moitié du chemin (au pont de l’Alma), mes 3 zouaves m’annoncent qu’ils sont fatigués et que finalement ils me retrouveront à 12h30 pour le déjeuner. Bien évidemment j’accepte, tout en riant sous cape (cf leur commentaire au paragraphe précédent).
A déjeuner, je retrouve Ludovic pour manger une pizza. Au programme de la discussion : le développement d’AL. Toujours des questions : « mais alors, les grèves, vous en êtes contents, ça fait parler de vous ? » (comme si on demandait aux écolos s’ils sont contents de marées noires !) , « Mais alors, vos parents, ils n’ont jamais fait grève ? ».
Finalement, les journalistes m’annoncent qu’ils ne souhaitent pas venir à la projection du film de Steve Kramer : il faut dire que cet Américain a été un conseiller de Clinton, ça ne rentre pas dans le décor ! Si au moins il avait pu conseiller Georges Bush !
Nous nous retrouvons à 19h à BFM Tv pour un débat avec Julie Coudry, responsable de la Confédération Etudiante (débat que nous avons toutes deux failli rater à cause d’un trafic horriblement dense en raison des grèves). Déjà sur le plateau, nous entamons un vrai dialogue constructif, mais hors antenne, patatras pour nos journalistes : nous nous entendons bien ! Julie Coudry avoue ne pas avoir peur des libéraux ! Ruth Elkrief nous annonce même souhaiter nous réinviter bientôt.
Les journalistes sont fatigués : ils ne souhaitent pas venir à la réunion bd Flandrin ; nous terminons l’interview devant BFM. Et là étonnement : face à leur questionnaire mitraillette je ne corresponds pas à leur attente ! Sur toutes les questions de sociétés, je suis à l’opposé de ce qu’ils attendent : une li-li !
Enfin question suprême : « pourquoi m’avez-vous fait plusieurs fois les mêmes réponses au cours de la journée ? » Et là, je réponds : « parce que vous m’avez posé plusieurs fois les mêmes questions. Au moins, vous remarquerez que je suis cohérente ».
Au moment de nous quitter, le preneur de son m’avoue que nous ne sommes pas ce à quoi il s’attendait et qu’il est agréablement surpris…
Samedi 13h15 : j’allume ma TV (enfin ma freebox sur mon PC qui me permet de ne pas payer la redevance TV) et regarde le reportage (en ligne sur le site d’AL dans les prochains jours).
Seules les images du matin a été gardées. Sur 4 minutes de reportage, 1 est consacrée à des images historiques des grèves de mineurs en Angleterre, des bruitages négatifs ponctuent ma marche à pied, 1 minute sur la manifestation du 18 décembre avec en bruit de fond la chanson des Inconnus « Les Rapetout » et évidemment les images des personnes les plus âgées de la manifestation.
Conclusion : ils n’ont rien trouvé dans mon interview qui aurait pu corroborer leur préjugé que « libéral = bourgeois réac désagréable et stupide ». Ils sont donc allés chercher des images ailleurs.
Un concentré de mauvaise foi journalistique !
Quand la réalité ne rejoint pas la mythologie de France 2, rien de plus simple, il suffit à un journaliste de ne pas la montrer et d’y accoler des choses qui n’ont rien à voir.
Bref, j’aime mieux le direct ! Au moins, je suis directement responsable de l’image que je donne d’Alternative Libérale et des libéraux…